2035 : comment transformer l’ambition climatique en infrastructures opérationnelles ?
Désenclavement des territoires, multimodalité, véhicules électriques et autonomes, nouvelles infrastructures de recharge : pour réussir la décarbonation des mobilités, les solutions doivent désormais être pensées à l’échelle des territoires et des usages. Retour sur les échanges de la table ronde « 2035 : ambition climatique en infrastructures opérationnelles », organisée dans le cadre de Drive to Zero.
Comment passer de l’ambition climatique à des solutions concrètes sur le terrain ? C’est la question qui a réuni Dominique Bussereau, président d’Ambition France Transport, Steven Marvin, président de Vedecom, Jean-François Monteil, président de la Société des Grands Projets, et Frédéric Cuillerier, maire de Saint-Ay et coprésident de la commission Transports de l’Association des maires de France, sous la conduite de Guillaume Doyen, directeur de la rédaction de La Gazette des communes.
Derrière la question des infrastructures se dessine un enjeu plus large : celui d’une transformation des mobilités qui doit répondre à la fois aux objectifs de décarbonation, aux réalités économiques et aux besoins des territoires.
Dépasser le modèle centré sur les métropoles
Premier constat partagé au cours de la table ronde : la transition ne peut pas se limiter aux grandes agglomérations.
Pour Frédéric Cuillerier, l’un des enjeux majeurs consiste à mieux connecter les territoires peu denses aux réseaux de transport. Les Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) peuvent, selon lui, contribuer à cette évolution en associant les territoires ruraux et périurbains à des pôles multimodaux situés aux portes des métropoles.
L’objectif est de raisonner à l’échelle du bassin de vie, plutôt que de considérer séparément les centres urbains et leurs périphéries. Une approche qui permettrait de combiner transports collectifs, covoiturage, vélo, voiture électrique et autres solutions de mobilité.
Cette logique suppose également de prendre en compte les infrastructures existantes. Dans les territoires peu denses, la création de nouvelles lignes ferroviaires lourdes n’est pas toujours envisageable. D’où l’intérêt de réfléchir à d’autres modèles.
Des mobilités plus autonomes, plus flexibles et adaptées aux territoires
C’est précisément sur ce terrain que Steven Marvin, président de Vedecom, apporte un éclairage sur les nouvelles solutions de mobilité.
L’institut travaille autour de trois axes : l’électrification des mobilités et les systèmes de recharge, la mobilité autonome et les nouvelles mobilités, avec pour objectif de rapprocher recherche et applications industrielles.
Dans les territoires périurbains et ruraux, l’enjeu n’est pas nécessairement de reproduire les modèles de robotaxis développés dans certaines grandes villes américaines. Steven Marvin évoque plutôt le développement de petites navettes autonomes, capables de répondre à des besoins de desserte là où une ligne de bus classique serait difficile à maintenir.
Une approche qui rejoint les réflexions de Frédéric Cuillerier sur la réutilisation d’anciennes emprises ferroviaires. Ces infrastructures pourraient accueillir des véhicules automatisés collectifs assurant le transport de personnes, mais également de petits flux logistiques entre les territoires ruraux et les métropoles. Des pistes cyclables pourraient également être intégrées à ces emprises afin de créer de véritables corridors multimodaux.
La mobilité autonome apparaît ainsi non comme une technologie isolée, mais comme une composante possible d’un système de transport plus large.
Le pôle multimodal comme nouvelle pièce maîtresse
Cette évolution conduit à repenser la conception même des infrastructures.
Pour Jean-François Monteil, président de la Société des Grands Projets, les projets de SERM sont aujourd’hui pensés dans une logique beaucoup plus multimodale qu’auparavant. Il ne s’agit plus seulement de construire une nouvelle ligne ferroviaire : il faut également réfléchir à la manière dont les habitants vont rejoindre cette infrastructure.
Stationnements vélos sécurisés, parkings relais, itinéraires cyclables, correspondances, transports collectifs, covoiturage ou encore recharge des véhicules électriques et autonomes doivent être envisagés ensemble.
Le pôle d’échanges devient ainsi un élément central de l’aménagement du territoire. Il constitue l’endroit où différents modes de déplacement peuvent se rencontrer et où les infrastructures prennent véritablement leur sens pour les usagers.
Cette approche modifie également la manière de concevoir les projets. Selon Jean-François Monteil, la réflexion part de plus en plus de la question suivante : où positionner les pôles d’échanges ? Les différents modes de transport viennent ensuite répondre aux besoins identifiés sur le territoire.
L’électrification ne s’arrête pas à la voiture
La table ronde a également permis d’élargir la réflexion sur l’électrification.
La France a fortement développé son réseau de recharge pour les véhicules électriques. Steven Marvin souligne notamment les progrès réalisés ces dernières années et évoque les nouvelles technologies susceptibles d’accompagner la décarbonation du transport de marchandises.
Parmi elles, la recharge dynamique, qui peut notamment fonctionner par induction, caténaire ou rail de contact. Des expérimentations sont citées dans la vallée du Mont-Blanc pour étudier les possibilités d’électrification du transport de marchandises.
Autre évolution évoquée : le rôle de la batterie comme élément du système énergétique. Avec la recharge bidirectionnelle, certains véhicules électriques peuvent restituer une partie de l’électricité stockée vers un logement. Associée à des panneaux photovoltaïques, cette technologie ouvre la voie à de nouveaux usages autour du stockage et de l’autoconsommation énergétique.
Des infrastructures au service de l’aménagement du territoire
Au fil des échanges, une idée s’impose : les infrastructures de mobilité ne servent pas uniquement à déplacer les personnes.
Pour Jean-François Monteil, les réseaux de transport peuvent également favoriser l’accès à l’emploi, rapprocher les chercheurs, les étudiants, les entreprises et les investisseurs, et contribuer au développement économique des territoires. Le Grand Paris Express est cité comme exemple de cette capacité des infrastructures à transformer les relations entre territoires.
Cette approche rejoint celle de Frédéric Cuillerier, qui insiste sur la nécessité d’associer les élus locaux aux projets. Pour illustrer concrètement l’impact de l’offre de transport, il revient sur l’évolution de la desserte ferroviaire de sa commune de Saint-Ay : l’augmentation du nombre d’arrêts quotidiens a accompagné une hausse importante de l’usage du train par les habitants.
La transition des mobilités se joue donc autant dans la technologie que dans la capacité à adapter les infrastructures aux réalités locales.
Vers une nouvelle conception des mobilités
La table ronde dessine finalement une évolution profonde de la manière de penser la mobilité.
Électrification, transport collectif, autonomie, covoiturage, vélo, recharge, multimodalité et aménagement du territoire ne peuvent plus être considérés séparément. Leur articulation devient un élément essentiel pour construire des solutions adaptées aux différents territoires et aux différents usages.
Les échanges ont également mis en évidence l’importance des infrastructures existantes, des moyens financiers, de la gouvernance locale et de la capacité à faire travailler ensemble collectivités, opérateurs, industriels, chercheurs et acteurs publics.
La mobilité décarbonée ne se résume donc pas à changer de véhicule. Elle implique de repenser les réseaux, les usages et l’organisation des territoires, avec une ambition : rendre les solutions de mobilité plus accessibles, plus complémentaires et adaptées aux besoins réels des populations.
C’est précisément cette approche croisée entre solutions, infrastructures, innovation et usages que Drive to Zero entend continuer à faire dialoguer.
Rendez-vous les 1er et 2 juin 2027 à Paris Expo Porte de Versailles pour la 5e édition de Drive to Zero, le salon européen des solutions pour le déploiement des mobilités décarbonées.
Source : Drive to Zero 2026 – conférence « 2035 : comment transformer l’ambition climatique en infrastructures opérationnelles ? », Paris Porte de Versailles, 2 juin 2026.
Intervenants : Dominique Bussereau, président d’Ambition France TransportsStephen Marvin, président de VEDECOMFrédéric Cuillerier, maire de Saint-Ay et représentant de l’Association des maires de France (AMF)Jean-François Monteils, président du directoire de la Société des grands projetsGuillaume Doyen, directeur de la rédaction de La Gazette des communes, en tant que modérateur — ce point apparaît dans ta retranscription, mais je n’ai pas trouvé de page publique officielle de Drive to Zero qui le mentionne explicitement.