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« 3 questions à » Cédric Virciglio (HAROPA Port)

Face aux besoins croissants d’acheminement rapide des marchandises jusqu’au cœur des villes, les acteurs de la filière logistique ont déjà mis en place des flux intermodaux qui poussent l’efficience et la performance à l’extrême. Si cette efficacité est bien réelle, comment les enjeux de décarbonation viennent-ils s’intégrer à une mécanique déjà fine et complexe ? Comment faire collaborer l’ensemble des acteurs, publics et privés, en ce sens, sans perdre de vue les enjeux opérationnels ? Cédric Virciglio, Directeur des relations internationales de HAROPA Port, qui interviendra à Drive to Zero 2026, partage sa vision en trois questions.

Q1 : « Dans votre rôle, l’intermodalité est au cœur des enjeux : comment le faites-vous concrètement fonctionner au quotidien, entre coordination des acteurs, enjeux opérationnels et réalités territoriales ? »

C Virciglio : « Au quotidien, faire fonctionner l’intermodalité revient d’abord à orchestrer un écosystème très large : armateurs, opérateurs fluviaux et ferroviaires, logisticiens, collectivités… Notre rôle est de connecter et fluidifier ces interfaces en garantissant la fiabilité des chaînes de transport. Cela passe par des investissements dans les infrastructures, mais aussi par la coordination opérationnelle et le partage de données pour mieux anticiper les flux. Concrètement, cela signifie d’organiser l’arrivée / le départ des marchandises par la façade maritime. Puis de piloter leur connexion avec l’Île-de-France, premier bassin de consommation français, en s’appuyant sur des solutions massifiées comme le fluvial et le ferroviaire, jusqu’à pouvoir, dans certains cas, desservir directement le cœur des villes via la logistique urbaine fluviale. L’intermodalité n’est pas un principe abstrait : c’est une mécanique fine, qui repose sur la confiance, la régularité et la capacité à aligner les intérêts de tous les acteurs. »

Q2 : « Au-delà de ces enjeux très opérationnels, on parle beaucoup de souveraineté et de compétitivité, avec des objectifs ambitieux à l’échelle européenne : en quoi les ports sont-ils devenus stratégiques sur ces sujets ? »

C Virciglio : « Les ports sont au cœur des enjeux de souveraineté et de compétitivité européens, car ils constituent des points d’entrée stratégiques pour les flux des marchandises et d’énergie. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de changement climatique, maîtriser ces infrastructures devient essentiel. Les grands corridors logistiques, comme l’axe Seine, permettent de renforcer l’autonomie industrielle tout en améliorant la performance environnementale. Les ports jouent effectivement un rôle clé dans la décarbonation, en développant des solutions énergétiques (ENR), et des chaînes logistiques peu émettrices en carbone (fluvial et ferroviaire, électrification des quais, propulsions vertes, etc.). Enfin, ils participent à la compétitivité des territoires en offrant des alternatives fiables et performantes face à la concurrence internationale. »

Q3 : « Dans ce contexte, vous interviendrez le 3 juin dans une table-ronde consacrée au fret et à la logistique, intitulée « Better, faster, cleaner : why do parcels travel more efficiently than people? » : selon vous, de quelles pratiques la mobilité des personnes pourrait-elle s’inspirer aujourd’hui ? »

C Virciglio : « La logistique du fret a su développer une culture de la performance fondée sur la fiabilité, la traçabilité et l’optimisation des flux, dont la mobilité des personnes pourrait bien sûr s’inspirer. Le suivi en temps réel, la coordination entre modes et la capacité à mutualiser les moyens sont des atouts majeurs. Le fret raisonne en chaîne continue, là où la mobilité des personnes reste souvent fragmentée. S’inspirer de ces pratiques c’est penser les déplacements de bout en bout, avec une meilleure intégration des modes et une information fluide pour l’usager. Cela suppose aussi de mieux équilibrer l’usage des infrastructures : aujourd’hui, le fret reste moins prioritaire, notamment pour le ferroviaire, par rapport au transport de passagers. Nous travaillons de concert avec les opérateurs pour rééquilibrer tout cela. Ceci passe par une meilleure attribution des sillons afin que ce mode massifié, nettement plus sobre, puisse être pleinement exploité. »


Envie d’en savoir plus ? Rendez-vous à Drive to Zero le 2 et 3 juin, Paris Porte de Versailles : s’inscrire ici