Derrière les images de tensions militaires, une mécanique bien connue se remet en marche. Celle que nous avons déjà vécue en 2022 avec la guerre en Ukraine : un choc géopolitique majeur sur une zone clé de production ou de transit énergétique, suivi d’une réaction immédiate des marchés, puis d’une transmission progressive, mais durable, aux factures des ménages et des entreprises.
Cette fois-ci, l’épicentre s’appelle le détroit d’Ormuz. Un point de passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial et une part significative du gaz naturel liquéfié. Autrement dit, un goulet d’étranglement énergétique planétaire. Dès les premières heures suivant les frappes, les prix de l’énergie ont réagi, confirmant la sensibilité extrême des marchés à toute perturbation dans cette région.
Le précédent ukrainien comme grille de lecture
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir à 2022. L’invasion de l’Ukraine par la Russie avait provoqué une envolée historique des prix du gaz en Europe, avec un pic au-delà de 300 €/MWh, et une hausse marquée du pétrole. Ce choc s’était rapidement propagé au marché de l’électricité, dont le prix est largement indexé sur les centrales à gaz dans le système européen.
Les conséquences ont été massives : inflation, intervention publique, boucliers tarifaires, tensions industrielles. En France, sans intervention de l’État, les prix auraient plus que doublé en 2023.
Trois ans plus tard, la situation actuelle présente des similitudes frappantes. Comme en 2022, nous faisons face à une perturbation sur un acteur clé de l’énergie mondial, les marchés réagissent immédiatement et l’Europe apparaît structurellement vulnérable.
Aujourd’hui encore, près de 60 % de l’énergie consommée en France repose sur des ressources venues de l’étranger
Une dépendance qui persiste
Le problème de fond n’a pas changé : notre dépendance aux énergies fossiles importées. Aujourd’hui encore, près de 60 % de l’énergie consommée en France repose sur des ressources venues de l’étranger.
Cette dépendance a un coût massif : en 2025, la facture énergétique de la France a dépassé les 80 milliards d’euros, creusant notre balance commerciale, et ce, malgré des prix relativement modérés.
Le conflit actuel au Moyen-Orient illustre parfaitement ce mécanisme. Les premières données de marché montrent déjà une hausse significative : envolée du gaz en Europe, progression du Brent, hausse des prix spot de l’électricité. Et nous ne sommes probablement qu’au début du mouvement.
Elle pose aussi une question de souveraineté. En quelques années, nous sommes passés d’une dépendance au gaz russe à une dépendance croissante au gaz naturel liquéfié américain. Autrement dit, nous n’avons pas supprimé notre vulnérabilité : nous l’avons déplacée.
L’effet le plus redouté est différé. Il se jouera dans les prochains mois, voire les prochaines années. Les prix de l’énergie se fixent en partie à l’avance, et les tensions actuelles pourraient se traduire par une hausse tangible des tarifs pour les consommateurs, notamment à partir de l’hiver 2026-2027. Certaines projections évoquent déjà des augmentations de 5 à 10 % des prix de l’électricité si la situation perdure.
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À lire absolument, cet article analyse comment le conflit au Moyen‑Orient pourrait provoquer soit un nouveau choc énergétique, soit un véritable électrochoc stratégique pour l’Europe et la France. En croisant enjeux géopolitiques, dépendances énergétiques et impératifs de transition, il éclaire les risques mais aussi les opportunités pour repenser durablement les politiques énergétiques. Une lecture essentielle pour comprendre comment les tensions internationales accélèrent — ou contraignent — les choix en matière de souveraineté et de décarbonation.
