Quels sont les grands enjeux du moment dans le secteur de la mobilité ?
J’envois trois principaux : le carbonne, la justice et le financement.
Le carbone : Les émissions des mobilités du quotidien n’ont quasiment pas baissé depuis les années 1990, alors que dans presque tous les secteurs elles ont diminué de 30%. Les injonctions « prenez les transports en commun », « achetez un véhicule électrique », « déplacez-vous moins » sont sans effet sur les français et les françaises. Parce que ces discours qui mettent en jeu les comportements individuels, et qui font la morale aux citoyens, oublient trois points essentiels : nous manquons cruellement d’alternatives à la voiture entre les pôles urbains et le périurbain, il en faudrait trois fois plus ; la voiture électrique est moins fonctionnelle que la voiture thermique et encore trop chère. Enfin, la voiture est objectivement très performante dans une société où c’est le temps qui est la ressource rare, et comme les Français achètent des petites voitures d’occasion, elle est peu chère. Mais même électrique, elle ne résoudra pas le problème de l’occupation de l’espace en ville.
Les questions sociétales : Se déplacer, ce n’est pas une nuisance. Une lecture univoque réduit à tort les mobilités à des enjeux de carbone et de pollution. Se déplacer, c’est une capacité, c’est travailler, étudier, se soigner, se nourrir, se divertir, se rencontrer. Les contraintes déployées depuis quelques années sur la voiture, peuvent pour les plus fragiles et les trois premiers déciles de revenus, être des contraintes fortes. On met de la contrainte sur ceux qui en ont déjà beaucoup. Le carbone est évidement un enjeu essentiel, mais une société ne se résume pas au carbone. On ne réussira pas la décarbonation contre les citoyens. Les solutions doivent donc être justes, et être débattues pour sortir des postures technocratiques qui peuvent devenir autocratiques.
Le financement : Nous traversons une crise très grave des finances publiques qui va durer. La décarbonation des mobilités doit-elle reposer essentiellement sur les finances publiques ? C’est peu crédible. La question du financement est cruciale, et pour y répondre, il faut d’une part éclairer les enjeux, les solutions et trajectoires possibles, et ensuite conduire un débat avec les parties prenantes : l’Etat, les AOM, les acteurs et opérateurs du secteurs, et les citoyens. Le modèle économique actuel des transports publics français n’est pas pérenne, il faut donc le faire évoluer. Mais cela concerne aussi les autres mobilités : covoiturage, etc. […]
À lire absolument pour toute personne engagée dans le financement, la conception ou la mise en œuvre de politiques visant une mobilité plus propre : cet entretien illustre de manière claire combien la décarbonation des mobilités repose sur des approches collectives, articulant innovation, ambition partagée et justice territoriale : une conviction clé également défendue par Drive to Zero.
