Association regroupant collectivités, entreprises, opérateurs publics et autres acteurs engagés dans la gestion durable des sols, l’ITF a publié une note intitulée “L’impensé de l’emprise foncière des infrastructures de mobilité en France : éviter, réduire, renaturer”. Celle-ci rappelle que la France dispose de l’un des réseaux routiers les plus denses d’Europe : plus d’un million de kilomètres de linéaire, soit 24 % du réseau de l’Union européenne pour 15 % seulement de sa superficie, avec une densité de 7,5 km/km². À cette toile routière s’ajoutent près de 30 000 kilomètres de voies ferrées et quelque 500 plateformes aériennes.
Cette densité infrastructurelle a un coût foncier rarement mesuré à sa juste échelle. Selon l’enquête Teruti organisée par Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, 3 % de la totalité du territoire métropolitain français est consacré aux infrastructures de transport. Les seules routes, places et parkings (les “sols revêtus”) couvrent 1,4 million d’hectares, soit 2,5 % du territoire national et plus d’un quart (26 %) de l’ensemble des sols artificialisés. En ajoutant les sols stabilisés (voies ferrées, pistes forestières, chemins), la part du territoire “revêtu ou stabilisé” atteint 4,3 %.
Pour illustrer la disparité d’efficacité entre les modes, la note rappelle que l’Institut Paris-Région et SNCF Réseau ont établi que la route occupe en Île-de-France 51 800 hectares, contre seulement 6 500 pour les trains et le RER. Pourtant, leur efficacité est cinq fois supérieure à celle du maillage routier : 4,1 mètres carrés nécessaires par passager-kilomètre pour la route, contre 0,8 pour le rail.
Une artificialisation qui se poursuit
L’ITF souligne une contradiction frappante : malgré ce maillage déjà très serré, la construction de nouvelles infrastructures routières continue de consommer des espaces naturels, agricoles et forestiers (Enaf). Sur la décennie 2011-2021, entre 6 et 7 % de la consommation d’Enaf, représentant près de 16 000 hectares, était imputable aux seules infrastructures routières, d’après les données Cerema.
Selon l’Institut, stopper cette consommation permettrait de réaliser près de 15 % de l’effort de réduction de moitié de la consommation d’espaces prévu pour la décennie 2021-2031 dans le cadre de l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN). Pourtant, ce levier reste insuffisamment mobilisé dans les politiques publiques relatives au ZAN.
En parallèle, 55 grands projets routiers contestés sont recensés en France, représentant un minimum de 4 488 hectares d’artificialisation potentielle – soit près de 3,7 % de l’enveloppe ZAN nationale pour la période 2021-2031. L’Institut plaide pour l’abandon des projets non essentiels, arguant que les coûts d’entretien évités pourraient être réorientés vers la décarbonation des mobilités, comme dans le département de l’Ille-et-Vilaine, qui a renoncé à trois projets de contournement routier (Fougères, Vitré, Châteaubourg).
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À lire absolument, cette analyse révèle comment les infrastructures de transport demeurent l’un des grands angles morts des politiques foncières françaises en matière de lutte contre l’artificialisation. L’article éclaire avec précision les zones grises réglementaires, les impacts réels du réseau routier et ferroviaire sur les sols, ainsi que les leviers encore sous‑exploités pour inverser la tendance. Une lecture essentielle pour comprendre les enjeux structurels derrière la transition territoriale et écologique.
