Une décarbonation devenue urgente
« Le transport maritime est soumis à un double enjeu » explique Philippe Cauneau, ingénieur au service Transport et Mobilité de l’ADEME. « D’un côté, il doit se mettre au diapason des attentes sociétales en matière de réduction d’empreinte environnementale. De l’autre, il reste indispensable à l’économie mondialisée : 80 % à 90 % des marchandises échangées dans le monde transitent par la mer. » Alors que le transport routier s’électrifie progressivement, « le maritime est longtemps resté le grand oublié des conférences internationales sur le climat » observe Philippe Cauneau.
Aujourd’hui, le secteur émet près d’un milliard de tonnes de CO2 par an. Or, l’Organisation maritime internationale a fixé un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. La marche est haute, d’autant que le secteur fait face à une inertie structurelle. La flotte mondiale compte environ 100 000 navires (dont entre 400 et 500 sous pavillon français). Mais chaque année, à peine 2 000 nouvelles unités sont construites. « Cela signifie qu’il faudrait cinquante ans pour renouveler entièrement la flotte » rappelle Philippe Cauneau. Et un navire mis à l’eau aujourd’hui naviguera encore en 2050.
Sobriété, numérique, voiles… les leviers immédiats pour décarboner
Face à l’urgence, tous les leviers doivent être activés.
- Le premier : réduire la vitesse. « En maritime, baisser de 10 % la vitesse permet de réduire d’environ 30 % la consommation de carburant » explique Philippe Cauneau. Le gain est massif. Mais il suppose de revoir les contrats et les délais imposés aux armateurs.
- Deuxième levier : naviguer différemment. La digitalisation permet d’optimiser la navigation, d’anticiper les conditions météorologiques, d’ajuster les besoins énergétiques et donc de réduire la consommation en carburant. En instrumentant les navires et en analysant les données d’exploitation, il devient possible de réduire les émissions de CO2 d’environ 10 %, y compris sur la flotte existante. Les projets ECO-Suite porté par Spinergie, et SYROCO Live Next Gen porté par Syroco, illustrent bien l’importance de l’apport des solutions numériques pour optimiser les consommations en énergie des navires. Ces deux projets sont lauréats de la première relève de l’appel à projets CORIMER 2025 (voir plus bas).
- Troisième levier : adapter les navires déjà en service. Un entretien plus fréquent des coques afin d’éviter l’accumulation de bio-organismes, l’installation de batteries, l’hybridation des systèmes, ou encore l’ajout de dispositifs véliques. « La propulsion par le vent n’est pas un retour au passé » insiste Philippe Cauneau. « Ce sont des technologies issues de la course au large, adaptées aux contraintes du transport maritime. » Utilisée en propulsion auxiliaire, la voile peut apporter jusqu’à 20 % d’économie de carburant sur certains navires.
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À lire absolument, cet article met en lumière à quel point la décarbonation du secteur maritime représente bien plus qu’un impératif écologique : c’est une véritable opportunité industrielle. Innovations, nouvelles filières, dynamiques économiques… il dévoile les leviers concrets déjà à l’œuvre et ceux qui restent à saisir. Pour comprendre pleinement les enjeux et les perspectives, plongez dans cette analyse incontournable : une lecture stratégique pour tous ceux qui suivent l’évolution des mobilités et de l’industrie.
